Salut à tous. Comme promis, voici une petite contribution pouvant servir d'inspi et de scénar aux meneurs. Ca s'appelle "
pour tout l'or du bupreste" et c'est moi qui l'ai fait. Commentaires bienvenus.
Lorsque j’entendis parler de la vallée des douze tribus pour la première fois, nous venions de venir en aide à une bande de mercenaires pris dans les toiles d’une colonie d’araignées sociales. Nos gaz spéciaux eurent tôt fait de dissoudre les soies gluantes, évitant aux plus chanceux d’entre eux une mort douloureuse. En plus des exigences matérielles que notre assistance leur coûta, un des survivants m’offrit une petite boîte en bois blanc écorné en guise de reconnaissance. L’individu m’affirma que la relique qu’elle contenait me serait d’un grand secours si jamais je m’aventurais dans la vallée des douze tribus. En l’ouvrant, je fus surpris de n’y découvrir qu’un insecte desséché, de taille modeste et de couleur dorée. L’un des entomologistes de notre groupe à qui je le confiai pour examen m’affirma qu’il s’agissait d’un bupreste, un coléoptère phytophage dont les larves se développent dans le bois des arbres. Il ajouta qu’en dehors de sa couleur particulièrement brillante, ce spécimen n’avait rien d’exceptionnel. Mettant les paroles du survivant sur le compte de la superstition, je rangeai la boîte dans mon sac à dos et l’oubliait aussitôt.
Ce n’est que quelques années plus tard que la boîte et son contenu refirent surface. Notre situation était alors critique : l’un de nos chimistes s’était trompé lors d’une manipulation alors que nous arpentions un sentier inconnu, et l’explosion engendrée par le raté avait suffi à souffler trois de nos véhicules et tuer sur le coup une douzaine des nôtres. Au volant de l’unique véhicule rescapé, je réussis à rejoindre une petite communauté de survivalistes, mais ses habitants me refusèrent leur aide. Fouillant dans mes possessions à la recherche de matériel qui pourrait les intéresser, je tombai sur la petite boîte oubliée depuis longtemps dans un repli de mon sac. Désespéré, je tendis la boîte aux survivalistes. Une expression de surprise mêlée d’avidité teinta immédiatement leurs visages et quelques minutes plus tard, délesté de mon « trésor », j’étais en possessions de vivres, d’eau, de médicaments, et d’assez d’essence pour traverser une partie de l’Europe. Je l’ignorais encore mais nous venions de pénétrer dans la vallée des douze tribus, et le système de valeurs auquel j’étais habitué venait de brutalement disparaître.
Forcés à nous établir dans la région afin de panser nos blessures et récupérer un peu du matériel perdu, nous eûmes tout le loisir de nous renseigner sur les forces en présence dans la vallée et les us et coutumes des autochtones. La région était divisée en douze territoires, chacun appartenant à une communauté plus ou moins développée. Ces communautés, les « douze tribus », n’avaient que très peu en commun en terme d’organisation, de croyances et d’aspirations. Les adaptés extrémistes y côtoyaient humanistes invétérés et survivalistes retors dans une périlleuse proximité. Les tribus évitaient cependant les conflits directs grâce à l’adoption d’un système économique original, basé sur la possession d’un insecte particulier : le bupreste doré. Les spécimens de cet insecte servaient de base pour les trocs de grande ampleur, et le nombre de buprestes dorés possédés par chaque tribu déterminait les limites d’expansion de son territoire. L’équilibre apparemment précaire d’un tel système venait de l’extraordinaire difficulté pour se procurer des spécimens de l’insecte en question. Son existence n’était connue que sur une petite île de la région, et l’île se trouvait au coeur d’une zone marécageuse perpétuellement noyée dans des brumes persistantes. Cette zone était apparemment tellement hostile que nul homme seul n’était jamais parvenu à en revenir vivant, et que même les expéditions les mieux armées ne pouvaient s’y aventurer sans subir de lourdes pertes. Seules les tribus ambitieuses osaient tenter le coup, et ressortaient généralement trop affaiblies du procédé pour concrétiser leurs volontés d’expansion. C’est ce qui maintenait la région relativement stable en terme d’équilibre des forces.
Bien qu’affaiblis, nous n’étions pas passés inaperçus lors de notre arrivée, et quelques-unes des tribus, ayant eu vent de notre réputation, vinrent nous trouver pour nous proposer leur aide à condition, bien sûr, que nous montions une expédition pour partir à la recherche de buprestes dorés sur l’île maudite. Nous n’avions malheureusement guère le choix si nous voulions reconstituer nos forces et reprendre la route le plus rapidement possible. Quelques jours tard, après avoir rassemblé le reste de nos hommes vaillants et du matériel encore intact, nous étions en route pour l’île.
Les habitants de la région ne plaisantaient pas au sujet des brumes persistantes : toute la zone des marécages, recouverte d’un fin nuage crémeux, se devinait plus qu’elle ne s’esquissait. Notre météorologiste nous indiqua que la teneur en oxygène des lieux était plus élevée que la normale, ainsi que la température de l’eau, trop tiède pour le climat de la région. D’après notre entomologiste, l’addition de ces facteurs : milieu aquatique, haute teneur en oxygène et température tropicale formaient des conditions idéales pour l’apparition de cas de gigantisme parmi les insectes. Après une brève discussion, nous nous décidâmes à rebrousser chemin. Des coups de fusil tirés depuis la lisière de forêt la plus proche nous accueillirent. Apparemment, nos employeurs n’étaient pas décidés à nous voir abandonner la partie. Nous n’avions pas le choix : il nous fallait continuer.
La traversée des marécages fut une catastrophe. Malgré nos efforts, l’emploi de leurres sonores et olfactifs et la construction de pirogues improvisées, notre petite troupe fut décimée avant d’atteindre la terre ferme. Impossible de savoir ce qui frappa nos compagnons, tant la brume et l’eau boueuse réduisaient la visibilité. Ma cervelle est encore encombrée d’éclaboussures gigantesques, de formes noirâtres et bossues déchirant l’onde et des cris de terreur accompagnant la brève agonie de ceux qui y passèrent. Nous ne fûmes que trois à réchapper au carnage : un de nos pisteurs, l’entomologiste et moi-même.
L’île en elle-même n’était guère plus accueillantes que les marais l’encerclant, mais au moins nous ne craignions plus la mort à chaque pas. Grâce aux talents de l’entomologiste, trouver le bupreste doré fut plus facile que prévu ; il nous suffit de repérer les arbres les plus susceptibles d’être infestés et d’en faire sauter l’écorce au couteau pour trouver les larves. Au bout d’une journée d’efforts, nous avions trouvé plus d’une centaine de larves, plus quelques adultes.
Ne restait plus que le problème du retour.
Nous décidâmes d’établir un camp provisoire sur l’île, dans un contrefort rocheux précairement protégé d’éventuels prédateurs.Je savais que seuls mes talents pouvaient nous offrir une infime chance de nous sortir des marécages sains et saufs. J’explorai donc l’île méticuleusement à la recherche de composantes qui pourraient m’aider à préparer mes concoctions. La chance me sourit au matin du troisième jour, quand je tombai sur un bosquet d’une plante de la famille de l’euphorbe dont je savais comment tirer un poison alkaloïde violent apparenté au curare. Il me fallut 1 semaine pour extraire assez de poison pour nous permettre d’envisager le retour. Une semaine pendant laquelle mes deux derniers compagnons succombèrent, l’un à ses blessures et aux charognards qu’elles avaient attirés, l’autre à une maladie d’origine inconnue. Une semaine pendant laquelle les larves que nous avions collectées se métamorphosèrent en adultes, faisant de moi l’homme le plus riche de la région...et probablement du monde, selon les critères des dégénérés des douze tribus.
Lestés de deux bidons percés pour déverser le poison dans l’eau tout au long de la traversée, je jetai ma fragile pirogue à l’eau. Maintes fois je sentis la mort me frôler durant l’interminable voyage, croyant deviner des mâchoires chitineuses démesurées au travers la brume, mais le poison eut l’effet escompté et tint à distance les prédateurs. Les heures les plus lentes de ma vie s’écoulèrent avant que je n’émerge enfin du brouillard, brisé nerveusement et à bout de forces. Des mains me saisirent ; plusieurs tribus étaient venues à ma rencontre et entreprenaient de me fouiller comme un vulgaire porte-monnaie. J’utilisai ma dernière grenade lacrymogène pour les faire reculer, puis parvenais à trouver assez d’énergie pour garder un semblant de posture et réclamer mon dû. De mauvaise grâce, on me remit le matériel promis. J’ouvrais alors mon sac devant les yeux des membres des tribus présentes, déversant sur le sol une centaine d’insectes aux reflets dorés. Comme des chiens avides, ils se ruèrent à la curée, se piétinant les uns les autres pour accéder au précieux sésame. Je m’éloignai.
Je chargeai les blessés que nous avions laissés derrière nous avant de partir pour l’île dans les véhicules mis à ma disposition. Je recrutai quelques gamins désireux de quitter la vallée afin de m’aider aux préparatifs de départ, et bientôt nous nous mîmes en route. Après un tel désastre, mes pensées était orientés sur l’ampleur de la tâche qui nous attendait afin de retrouver le semblant de prospérité et de renommée qui était la nôtre. il nous faudrait récupérer nos forces, récolter le matériel nécessaire, remplacer les compétences perdues, éduquer, construire…
Nous eûmes vite de sortir des limites de la vallée des douze tribus. Jetant un bref coup d’œil en arrière, je repensai alors aux buprestes que j’avais enduit de ce qui me restait de poison avant de les placer dans mon sac.
Que cet or leur brûle désormais les doigts.